L'Eglise en détresse

Voici le texte d'une intervention (en trois parties) qui a eu lieu à Croixrault (Somme) le 9 mars 2015, dans la congrégation bénédictine Notre Dame d'Esperance.

Et après chacun des trois enregistrements correspondant à chacune de ces parties, le lien Youtube permettant d'écouter la version audio.

 

 

 

L’Église en détresse hier et aujourd'hui

 

Si le père Jean-Yves m'a demandé de vous parler de l’A.E.D et si j'ai accepté de le faire - et même avec un grand plaisir -, c'est parce que j'ai énormément de respect et d'admiration pour cette belle association.

Et c'est aussi parce que j'ai eu la chance d’œuvrer avec l'un de ses anciens dirigeants, le diacre Didier Rance (appelé aussi diacre des martyrs), bien connu pour les nombreux livres qu'il a écrits sur l’Église persécutée et plus récemment encore pour un ouvrage qui lui a valu l'obtention du Prix National de Littérature Catholique :

« John Bradburn, le vagabond de Dieu... »

Ce livre est ici. Si certains d'entre vous sont intéressés, qu'ils me le disent.

 

L'Aide à l’Église en Détresse (AED) : présentation

C'est une œuvre internationale de l’Église Catholique qui intervient dans plus de 150 pays en faveur des chrétiens persécutés, menacés ou réfugiés... et qui est soutenue dans ses projets annuels – plus de 5000 – outre la France qui apporte la plus grosse des contributions (soit environ 25%), par une quinzaine d'autres nations.

(Pour plus de détails sur l’AED, consulter les documents ci-joints : Bulletin AED de février 2015, petite biographie du Père Werenfried van Straaten, rapport annuel AED France 2013).

 

L'église en détresse hier

 

A l'époque où j'étais proche de l'AED (années 80), certes l’Église était déjà en détresse... et cela dans de nombreux endroits du monde, tels les pays de l'Est, l'Amérique Latine et j'en passe...  Mais surtout dans les pays de l'Est, puisque, comme vous le savez, le mur de Berlin n'était pas encore tombé.

L'AED a été Fondée en 1947 par un religieux prémontré hollandais appelé le Père Verenfried van Straaten (1913-2003).

Ce Père, on l'a aussi appelé le « Père au lard » à cause des tournées de collecte de lard qu'il a faites à la fin de la guerre 40 dans le but de soulager la faim de nombreux réfugiés.

Très atypique pour l'époque, il est à l'origine des « Chapelles roulantes », ces églises miniatures qui ont aidé tant de croyants persécutés à tenir dans leur foi. Il est aussi à l'origine de nombreux autres projets...

Il est entre autres l'auteur de plusieurs livres dont : « Où Dieu pleure ! » 

Il a voué toute sa vie à la réconciliation entre les peuples et aussi, à la demande de plusieurs papes... à l'œcuménisme.

Après l'effondrement du mur de Berlin et du régime communiste, en 1989, il se manifeste principalement aux côtés de l'église catholique sœur orthodoxe.

 

Ma rencontre avec l'AED

 

Tout commence en l'année 1977.

Je suis jeune (puisque j'ai 28 ans) et je viens de vivre la chose la plus belle de ma vie. Nous étions le 3 mai, mois de Marie, il était 16 heures 15 précises, et soudain ma vie a basculé. En un instant, moi qui étais athée, eh bien je me suis retrouvé croyant, croyant convaincu ! Et comme vous avez pu vous-même le constater, je le suis resté puisque je fais partie désormais de ceux qui se préparent à devenir un oblat bénédictin de votre congrégation.

Suite à ma conversion j'ai fait partie avec Philippe, un ami lui aussi converti, d'un groupe de prières dit « du renouveau charismatique ». Et là je me suis vite rendu compte qu'en tant que catho – et catho priant – nous n'avions pas bonne presse auprès d'un tas de gens, et pas n'importe lesquels : des gens d’Église, de notre Église !

A cette époque, souvenons-nous : Mai 68 a déjà eu le temps de faire ses ravages avec le fameux carpe diem et toutes ces phrases cultes comme : « Il est interdit d'interdire » ou encore « buvons et mangeons car demain nous mourrons ».

Quant au saint concile Vatican II, il a lui aussi tellement conforté nos frères progressistes dans leur obligation d'aimer le prochain, que ceux-ci ont fini par ne plus voir dans leur foi qu'une obligation d'action catholique totalement déconnectée de sa source, au point que nous autres, pauvres pratiquants de la prière, étions presque considérés (au moins à leurs yeux) comme de véritables intégristes.

Je me souviens d'un ami qui était entré au séminaire et qui avait dû le quitter – ou du moins envisagé de le quitter (heureusement du reste qu'il y avait alors d'autres séminaires en France) – parce qu'on lui interdisait de dire son chapelet sous prétexte que dans l’Église cette pratique était aujourd'hui dépassée et qu'il y avait beaucoup mieux à faire que de rabâcher des mots pieux.

 

Musiciens de l’Évangile

 

C'est alors qu'avec cet ami (Philippe) qui comme moi avait été avant sa conversion musicien dans des orchestres de variété, nous nous sommes dits :

« Pourquoi n'utiliserions-nous pas les dons artistiques que nous avons reçus du Seigneur  pour la cause de l’Évangile ? »

Rapidement, nous avons mis sur pieds un petit récital ; le groupe de prières dont nous faisions partie s'est lui aussi joint à nous, puis nous avons commencé nos veillées de chants-témoignages.

Et bien que nous ayons décidé de n'accepter aucun don pour nous-mêmes, c'est un prêtre qui, un jour, a insisté pour qu'à la fin de chaque récital nous fassions une petite quête au profit d'une œuvre.

Restait à déterminer quelle serait cette œuvre.

Nous avions bien en tête certaines associations ou fondations connues, dont je tairai les noms car elles existent encore, mais celles-ci, trop progressistes, ne répondaient pas à nos attentes. Par contre, sans que l'on ait eu à réfléchir bien longtemps, c'est L'Aide à l’Église à Détresse qui a retenu nos suffrages.

Nous avons alors pris contact avec le Siège National situé dans la région parisienne, à Mareil Marly, lequel nous a ensuite redirigé vers son bureau régional de Metz.

Et là nous n'avons pas été déçus, car nous avons rencontré Didier Rance qui à l'époque n'était encore ni Diacre, ni Directeur National, ni écrivain reconnu, mais qui était déjà l'être exceptionnel de foi, de connaissance et aussi de cœur que nous avons pu découvrir par la suite. Avec son Doctorat d'histoire et bien d'autres diplômes, non seulement il n'avait aucune secrétaire dans sa délé-gation, mais il était moins bien payé que nous.

A l'AED, aucun salarié – quel qu'il fût – ne gagnait plus que le SMIC...

De plus, Didier ne comptait pas son temps, bien qu'il fût marié. Et comme à l'AED il fallait montrer patte blanche avant de faire partie de la famille, Didier est venu en personne de Metz nous écouter.

(J'ai ici le compte-rendu de sa visite faite un soir à l’Église de Rocquigny, dans les Ardennes, et à la suite de laquelle il nous a donné son feu vert.)

 

Au nom de l'AED nous avons donc poursuivi nos soirées dans de nombreuses églises de Champagne-Ardennes, récoltant à chaque fois des fonds que nous adressions toujours scrupuleusement à l'église en détresse.

Puis nous avons reçu de l'AED une autre mission : celle de préparer des tournées pour les soirée-témoignage de plusieurs prêtres en provenance des pays persécutés.

Et c'est comme ça que nous avons eu la joie d'accueillir le Père Nguyen Van Qui, un prêtre Boat-people avec qui nous avons fait un long bout de chemin.

Non seulement nous lui avons permis de donner de nombreuses conférences à travers la région, mais nous lui avons aussi mis à disposition une grande maison (ex petit séminaire diocésain) afin qu'il puisse y loger ses jeunes (et moins jeunes)... Des Boat-people qu'il ramassait un peu partout, dans les rues de Paris ou d'ailleurs... qui n'avaient pour seule richesse que leur habit sur le dos et qui, le plus souvent, étaient dans de bien piteux états.

Avec ces vietnamiens une longue et grande amitié s'est nouée et rapidement il y eut 20 puis 30, puis davantage encore de personnes accueillies... dont des familles entières avec des petits enfants.

 

Hormis quelques modestes libéralités, le Père Van Qui et notre association ne recevions d'aide de personne ; et je me souviens même qu'une fois nous avons été très touchés... car c'est un Carmel des Ardennes (celui de la Fontaine Olive) qui nous a adressé un précieux don.

Notre association, que nous avions appelée Sainte-Thérèse, du nom de la maison qui abritait ces vietnamiens, était donc très très pauvre. Dans sa majorité, notre Église nous regardait de travers parce que nous hébergions des miséreux dans des conditions à ses yeux trop précaires (avec des normes de sécurité non observées) et surtout parce que nous le faisions avec le concours de notre groupe de prières charismatiques.

 

https://youtu.be/B4UOXF_EBV4

 

Pour montrer à quel point il y avait alors deux clans dans notre Église, l'un radicalement progressiste et l'autre davantage traditionaliste, voici  deux petits exemples, tirés de nos soirées-témoignages :

 

I - A notre soirée de Boulzicourt, un gros bourg ardennais, nous sommes reçus par un Père âgé qui, je me souviens, était encore en soutane – chose de plus en plus rare à l'époque – et tout se passe formidablement bien : Il y a beaucoup de monde... des gens attentifs... des applaudissements qu'on a du mal à modérer, et une communion avec nous que nous sentons très profonde.

A la fin, c'est le bon Père en soutane qui vient vers nous et qui s'adresse aux spectateurs. Il est ému, il a des larmes plein les yeux et il prononce juste ces quelques mots : « Ce que nous venons de vivre, frères et sœurs, eh bien je pense que vous serez tous d'accord avec moi : cela vaut bien une messe ! »

Venant d'un prêtre en soutane, il y avait de quoi être étonnés, n'est-ce pas ?

Puis il reprit :

« Je vais donc, pour ceux qui le désirent, donner la communion. » 

C'est ainsi qu'il a sorti Jésus du tabernacle et qu'il nous l'a donné...

 

II - Une autre fois, changement de décors.

Nous sommes à Signy-le-Petit, un autre bourg Ardennais.

Nous arrivons dans une église vide. Aucune affiche n'a été mise nulle part, ni dans le pays, ni à l'entrée de l’Église comme cela se fait partout ailleurs.

Seules deux personnes sont là qui nous attendent : un paroissien et son curé. Deux personnes qui, quand nous commencerons notre récital, iront s'asseoir loin de nous, seuls sur un banc perdu en plein milieu de l’Église.

Le pire, c'est que personne d'autre qu'eux ne viendra ce soir-là.

Qu'importe !

Pendant une bonne heure et demie, nous avons témoigné de notre foi, de l'AED et de notre souci pour tous ces chrétiens qui souffrent pour et à cause de leur foi. Nous l'avons fait sans nous laisser abattre.

Et c'est en fin de soirée que nous avons bien sûr compris pourquoi il y avait eu si peu de monde : Non seulement le prêtre n'avait fait aucune publicité pour nous... non seulement il n'avait pas utilisé les affiches que nous lui avions envoyées... mais c'est lui-même qui nous a dit que le mois d'avant une belle chorale, latino-américaine cette fois, était venue et avait eu davantage de succès que nous.

Ce prêtre soutenait haut et fort un mouvement très en vogue dans l'église de l'époque, mouvement qui bien sûr ne nous correspondait en rien puisqu'il s'agissait de la théologie de la libération.

 

Notre aventure avec l'Aide à l’Église en Détresse et les jeunes du Père Van Qui a ainsi pu durer plusieurs années, de même que nos soirées chants-témoignage.

Et puis un jour, à cause d'autres engagements que nous avons pris, tout a cessé et ce fut bien dommage.

 

L'église en détresse aujourd'hui

 

Mais aujourd'hui qu'est devenue cette église souvent appelée

                                          « Église du silence » ?

Certes l'AED existe toujours avec ses nombreuses actions à travers le monde en faveur des chrétiens persécutés. Et l'église du silence aussi, à l'intérieur de laquelle de nombreux croyants sont contraints de se retrancher pour exercer leurs pratiques religieuses.

Mais cette église en détresse s'est considérablement développée depuis... et ne cesse de la faire encore, partout à travers le monde.

Je viens de lire « Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde » - celui-ci ! que je vous recommande du reste, même s'il est un peu long et parfois truffé de détails... tant il permet de mieux comprendre ce qui se passe, où ça se passe et quelles en sont les causes.

Je puis vous dire que ce que j'ai lu est effrayant.

 

Livre conditions des chretiens

Nombreux sont les pays où les chrétiens sont menacés, persécutés. Et si les causes de cette persécution sont multiples, ce n'est pas seulement parce qu'elle sont liées à un quelconque intégrisme. Il y a tant d'autres formes de persécutions... et parfois même de très sournoises, par exemple quand on vous dit que vous avez le droit de pratiquer la religion de votre choix alors qu'en vérité vous n'avez qu'un seul et unique droit : celui d'obéir à votre gouvernement qui, bien sûr, est athée... (Ce qui est notamment le cas au Vietnam, un pays que j'ai bien connu par l'intermédiaire duPère Nguyen-Van-Qui).

Mais il y a toujours, même aujourd'hui, des chrétiens qui s'entretuent ! Et ça aussi, ça nous interpelle... quand on sait que nous sommes tous les enfants d'un Dieu qui nous aime à la folie et qui ne doit donc pas apprécier qu'à cause de Lui nous soyons ainsi divisés.

 

L'AED est maintenant une fondation de droit pontifical (ce qu'elle n'était pas encore à l'époque où je l'ai connue) et elle est donc reconnue et appréciée dans les Églises du monde entier. Plus en tout cas qu'il y a trente ans, à l'époque où le simple fait de se montrer proches des églises du silence signifiait clairement que vous étiez du coté des intégristes.

 

Et ce qui me paraît aussi important : L'AED ne vit toujours que de dons !

N'oublions pas que de nombreuses organisations caritatives se font subventionner ; et même parfois quand elles se disent d'église, avec le risque d'y perdre leur âme. J'en sais quelque chose puisque j'ai moi-même travaillé une trentaine d'années au sein de deux d'entre elles... dont la Fondation des Orphelins Apprentis d'Auteuil.

Prenez le temps de lire les documents que j'ai apportés. Vous y remarquerez qu'il n'y a que 3 % de frais de fonctionnement sur le rapport annuel de l'AED France pour l'année 2013 (salaires y compris) ; alors que dans la quasi totalité des autres associations ou fondations, c'est en général plus de 20% !

(Cit. - Cas de la marraine de Marie-Charlotte, à qui j'ai suggéré de faire don de sa succession en faveur de l'AED).

 

https://youtu.be/Mn5gOR7_xEk

 

 

 

Pour mieux comprendre l'évolution de notre Eglise catholique  dans sa façon de s'engager en faveur chrétiens persécutés, Je me permettrai d'établir un parallèle entre deux citations :

 

 

 

L'une, qui est du Père Werenfried van Straaten, qui dit textuellement que la vocation de l'Aide à l’Église en Détresse est de...

 

...sécher les larmes de Dieu partout où il pleure.

 

(Cf son livre « Où Dieu pleure »)

 

Et de fait l'AED n'a jamais cessé, depuis qu'elle existe, de sécher les larmes de Dieu, partout où Il a pleuré.

 

J'en été été le témoin privilégié.

 

 

 

L'autre citation, plus récente – puisque datant de 2013 –, fait référence au premier déplacement du pape François en dehors de Rome.

 

Ce déplacement, quasi inaugural du pontificat, marque, à mes yeux en tout cas, une prise en compte plus radicale encore de notre Église Catholique envers la condition humaine de ses enfants en détresse.

 

Car c'est bien le pape en personne qui s'est rendu sur la petite île de Lampedusa, au large de la Sicile, là où des milliers de migrants se sont noyés dans les eaux en essayant d'atteindre le port... ce port qui est pour eux la porte de l'Europe... ceci afin d'accéder à une vie meilleure.

 

Célébrant la messe dans une petite embarcation, le pape a eu ces mots très forts durant son homélie :

 

«Qui a pleuré pour la mort de ces frères et sœurs ? Qui a pleuré pour ces personnes qui étaient sur le bateau ? Pour les jeunes mamans qui portaient leurs enfants ?  Pour ces hommes qui désiraient quelque chose pour soutenir leurs propres familles ? Nous sommes une société qui a oublié l'expérience despleurs, du « souffrir avec » : la mondialisation de l'indifférence nous a ôté la capacité de pleurer ! » (Extrait du livre noir de la condition des chrétiens dans le monde – page 808)

 

Oui, c'est bien le saint Père qui s'exprime ici !!

 

Car l’Église n'est pas seulement, à ses yeux, composée des seuls chrétiens baptisés... qu'ils fussent ou non catholiques.

 

L’Église, ce sont aussi tous les abandonnés, tous les exclus de la terre !

 

Ne l'oublions pas : nous sommes tous fils et filles d'un même Père... Fils et filles d'un Père qui aime et n'abandonne jamais ses enfants.

 

Et ce qui peut même surprendre, en entendant le pape François, c'est qu'il  utilise le même mot que celui employé par le Père Werenfried :

 

                                                   le mot pleur !

 

Et qu'il ne se contente pas de constater le fait : Il nous interpelle. Et cette fois-ci non pas au nom de l'AED. Cela vient de plus haut : Au nom même de l'Eglise. De notre Eglise Catholique.

 

Qui a pleuré ? dit-il.

 

Qui s'est soucié de ces jeunes mamans qui portaient leurs enfants ?

 

Qui s'est soucié de ces papas qui avaient tellement envie de protéger leurs familles ?

 

Oh ! Comme vous avez dû vous réjouir... cher Père Werenfried, en voyant le Saint Père prendre en quelque sorte votre relève... pour dire au monde encore et encore... le cri bouleversant d'un Dieu qui pleure !

 

 

 

Plus récemment, le 13 juin 2014, dans une interview à la Vanguardia, le pape François a déclaré :

 

« Je sais beaucoup de choses sur ces persécutions, mais il me semble plus prudent de ne pas les raconter ici pour ne blesser personne.

 

« Il y a néanmoins des lieux où il est interdit d'avoir une bible, d'enseigner le catéchisme ou de porter une croix...

 

« Je veux cependant être clair sur un point : je suis convaincu que les persécutions qui frappent aujourd'hui les chrétiens sont plus fortes que lors des premiers siècles de l'église. Il y a aujourd'hui plus de chrétiens martyrs qu'à cette époque. Et ce n'est pas une invention, les chiffres le prouvent. »

 

(Extrait du livre noir de la condition des chrétiens dans le monde – Page 154)

 

 

 

Heureux sommes-nous donc, chrétiens d'occident, nous qui sommes libres de vivre, de pratiquer librement nos religions, de nous regrouper pour partager notre foi, de nous faire moine ou bien d'évangéliser... ou encore de manifester massivement, par exemple en faveur des droits de la famille...

 

Oui, heureux sommes-nous, mais le savons-nous assez ?

 

 

 

En guise de conclusion, Je dirai ceci :

 

Entre le monde d'hier, marqué par un communisme qui n'en finit toujours pas de mourir... et le monde d'aujourd'hui qui se gargarise des bienfaits d'un modernisme poussé à l'extrême, modernisme dont on ne sait trop où cela nous mènera... n'est-ce pas au fond toujours le même scénario ?

 

Ne voyons-nous pas, déjà, s'affronter les deux sempiternels extrêmes : Ceux qui exaltent Dieu au mépris de l'homme (et les Djihadistes en font partie évidemment, mais pas seulement)... et ceux qui exaltent l'homme au mépris de Dieu (dont tous les libéralistes, y compris les Charlies de tous poils),

 

Et puis, entre ces deux extrêmes, le spectre du nouveau « piège à cons » des temps modernes :  la mondialisation !

 

Je dis « piège à cons » car si tout le monde ne cesse de venter ses mérites et son idéal ô combien fraternel, n'empêche que la mondialisation traîne toujours derrière elle un long cortège de désolation... avec des inégalités toujours plus nombreuses entre les hommes, et aussi ce scandale de populations entières qu'on déracine sans le moindre espoir pour elles d'un quelconque retour.

 

Au milieu de tout cela, et comme toujours depuis que Dieu Lui-même s'est fait Homme pour nous révéler Son chemin, il y a ceux que l'on ne cesse de persécuter, de torturer, voire même de massacrer ou d'emprisonner... et qui ne sauraient entrer dans aucun moule, quand bien même celui-ci leur serait imposé. Et qui le font à cause de leur foi en Dieu... foi d'autant plus exigeante qu'elle est incompatible avec toutes les formes possibles et imaginables de la corruption ou de la compromission....

 

Je veux parler de vous, frères et sœurs chrétiens. Et vous dire aussi que vous avez raison.

 

Mais ça, bien sûr, vous le savez déjà...

 

« Mon Royaume n'est pas de ce monde » nous dit Jésus.

 

Et ce Royaume de Dieu, effectivement, n'est et ne sera jamais sur cette terre, n'en déplaise à ceux qui ont toujours milité en faveur du contraire. 

 

Et c'est pourquoi aussi, je le répète : les chrétiens d'aujourd'hui – ce qui se comprend d'autant mieux qu'on en connaît l'enjeu – sont ceux que l'on persécute le plus dans notre monde !

 

Lisez ce livre noir sur la conditions des chrétiens dans le monde, et vous en serez encore plus convaincus.

 

 

 

Certes, en tant que chrétiens nous aussi, on pourrait se dire, comme pour se rassurer, que ces frères-là, persécutés... ont pour eux la Parole de Dieu. Vous savez... cette parole qui dit dans Matthieu 5, 3-12 :

 

« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi.»

 

Oui bien sûr, heureux êtes-vous, frères chrétiens... d'être ainsi persécutés !

 

Mais tout de même, n'est-ce pas un peu facile de se satisfaire de ces mots... et finalement, de nous permettre ainsi de nous en tirer à bon compte ?

 

Ne devrions-nous pas, au contraire, nous interroger sur ce qu'a été notre vie jusqu'à ce jour, et aussi nous demander pourquoi, en tant que chrétiens, nous avons toujours été aussi « cool » dans nos coins.

 

Parce qu'à l'issue de nos questionnements... ne risquons-nous pas d'aboutir à la conclusion que, finalement, si le monde qui nous entoure nous a laissés tranquilles aussi longtemps, c'est peut-être parce que nous avons été purement et simplement de bien piètres chrétiens...

 

Alors, ce serait terrible n'est-ce pas ? Et cette question, sur laquelle je termine maintenant, pourrait fort bien du reste continuer de nous hanter :

 

« Sommes-nous des compatissants, même passifs, de l’Église du Silence...

 

                                         ...ou des complices actifs du silence de l'Église ? »

 

 

 

https://youtu.be/UcFdIba5jqY